ARFEL TATIANA

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Activité : Auteur
Genre(S) : Roman, nouvelle
Animations : Atelier d’écriture, Lecture
Biographie :
Tatiana Arfel est née en 1979 à Paris et vit aujourd’hui à Montpellier. Psychologue de formation et diplômée de lettres modernes, elle anime aujourd’hui des ateliers d’écriture, principalement auprès de publics en difficulté.
Son premier roman, L’attente du soir, paraît en janvier 2009 chez José Corti. Il raconte la rencontre de trois marginaux en bord de monde. Il a obtenu notamment le prix Emmanuel Roblès, le prix Alain-Fournier, le prix Biblioblog et le prix du premier roman de Draveil.
Son deuxième roman, Des clous, vient de paraître, toujours chez José Corti. Tatiana Arfel met cette fois en scène la grande entreprise Human Tools, ses recherches de performances à tout prix, sa rationalisation des corps et des esprits, vues au travers de ses employés conformes et non conformes.
Tatiana Arfel travaille actuellement à l’autobiographie d’un homme malade de normalité et souffrant d’une absence totale de présence au monde.
Bibliographie Non Exhaustive :
L’attente du soir, éd. Corti, 2009 (roman).
Des clous, éd. Corti, 2011 (roman).
Extrait Inédit :
Je ne bouge plus, ça fait de sacrés longs mois que je ne bouge plus. C’est pas bien grave, on me tourne et retourne comme un poulet à la broche, je laisse faire, un été puis deux puis trois passent, et je ne vois rien, mes yeux sont grand ouverts sur quelque chose qui n’est pas une couleur, ouverts directement sur du velours un peu granuleux, on appelle ça dévoré.
Le dos de ta main sur ma joue, je l’ai reconnu tout de suite. Je ne te vois pas et je n’entends plus, je suis perché dans une petite pièce, un minuscule cellier en haut de mon crâne, mais ta main je l’ai reconnue tout de suite, la peau rugueuse, un peu humide, que tu as posée avec brusquerie sur mon visage, avant de la retirer puis de la reposer plus doucement.
Dans le dos de ta main j’ai lu toute une Bible en braille, j’ai compris que de longues années sont passées depuis qu’on m’a entreposé ici. Dans le dos de ta main, dans ses sillons j’ai vu tes enfants qui avaient grandi, ta mère qui avait lâché la barre, et puis toi, comme moi en première ligne. J’ai parcouru ses rainures, traversé ses affluents, deviné des taches brunes. Dans la dos de ta main il y a moins d’années à vivre que d’années vécues, et tu sais, je regrette, je regrette tant de ne pas pouvoir parler, je t’aurais demandé de me prêter ta paume, la chaleur de ta paume sur ma joue, et lire ses lignes comme on lit sur les lèvres, mais le dos de ta main s’est éclipsé et n’a laissé sur ma joue qu’une trace brûlante que je suis incapable de mêler de larmes.