Contes et bilinguisme : quand le conte délie les langues

Le conte, à l’oral comme à l’écrit, est un outil de transversalité culturelle, d’ouverture à l’autre et de rencontres.

Support d’un partage oral d’histoires, le livre de contes permet de découvrir, à son propre rythme, les réalités de la vie, pour découvrir d’autres « je », d’autres cultures.
Dans nos sociétés ouvertes au flux du monde, les langues de plus en plus se côtoient, se rencontrent, se confrontent. Attentifs à cette richesse vivante, des éditeurs de plus en plus nombreux s’attachent à proposer des éditions de contes, fruit d’un travail conjoint avec des conteurs, sous différentes formes et développent en particulier les éditions bilingues.

L'association Caravaunage, LR livre et lecture, la Direction du Livre et de la Lecture du Gard, et la médiathèque de Saint-Gilles co-organisent le lundi 17 mars 2014, à la médiathèque Emile Cazelles de Saint-Gilles une journée consacrée à l’usage du conte comme instrument de découverte de soi même et de l'autre, sous l'aspect du mélange des langues.

Télécharger le programme

Le conte comme passerelle de la langue maternelle aux langues de la socialité

par Suzy Platiel, ethnolinguiste

" Il est essentiel pour le très jeune enfant d’acquérir, en premier, la langue de l'affectivité, c'est-à-dire celle (ou celles) de ses parents qu'il entend dès sa naissance dans son environnement immédiat. Ce n'est pas un obstacle pour en apprendre d'autres, bien au contraire. Ce premier apprentissage du désir de communiquer par la parole l'incitera, avec le développement du besoin de socialité, à souhaiter en apprendre d'autres pour pouvoir échanger avec ses semblables. Les africains de l’Ouest nous en donnent un exemple vivant."

Ethnolinguiste africaniste du CNRS, Suzy Platiel a travaillé chez les Sanan au Burkina Faso dès 1967, sur leur langue et sur leur organisation sociale. Elle a étudié plus particulièrement leurs méthodes éducatives traditionnelles, quand il n'y a ni écriture, ni école et quand on appartient à une société où le seul mode de communication est la parole en communication directe.
Selon ses recherches, ces méthodes éducatives pourraient compléter positivement nos méthodes classiques d'enseignement essentiellement fondées sur l'écriture.

Editer en bilingue

 par Michèle Moreau, édition Didier Jeunesse

Michèle Moreau a fondé et dirige les éditions Didier jeunesse depuis 1987. Elle y construit un catalogue où l’on sent sa passion pour la littérature orale (comptines, contes) et pour la musique et qui se développe aujourd’hui avec bonheur vers la fiction et la BD.
Elle est elle-même auteur de trois contes musicaux pour les tout-petits, a traduit plusieurs albums et anime de nombreuses formations en direction des personnels petite enfance et bibliothèques autour du livre, des comptines, des contes et de la lecture à voix haute.

et Hasan Musa, auteur et illustrateur

Hassan Musa est né au Soudan en 1951. Artiste-peintre, il expose ses œuvres depuis 1969 dans différents pays du monde. Il vit et travaille en France depuis 1982 où il anime régulièrement des ateliers d’initiation à la calligraphie et où il enseigne les Arts Plastiques.
Auteur-illustrateur d’une vingtaine de livres pour enfants, principalement aux Editions Grandir et Lirabelle, il a été invité à participer à l’exposition « Amabhuku : première exposition de l’illustration africaine de jeunesse » à la Foire Internationale du Livre pour Enfants de Bologne en 1999 et à l’exposition « Illustrateurs Arabes de Livres pour Enfants » à l’Institut du Monde Arabe (Paris), en 2003.

Le conte comme point de rencontre entre les langues et les cultures

par Nadine Decourt, Université Lyon II

Retrouvez sa présentation

D’une langue à l’autre, mais aussi de l’oral à l’écrit, il s’agira dans un premier temps, d’explorer la traduction comme pratique métisse (métissée, métissante) dans une approche anthropologique et comparatiste (Nouss, Meschonnic, Berman, Glissant). A travers quelques exemples, nous envisagerons la question de la méthodologie et ses incidences sur la transmission et la réception de la littérature orale pour en venir à un débat et un échange d’expériences : quels outils, quels choix, quelles pratiques de contes aujourd’hui dans une société de communications et de mondialisations accélérées où les usages d’Internet ouvrent de nouvelles perspectives ?

Nadine Decourt (CREA (Université Lyon 2) est anthropologue et comparatiste. Ses recherches portent sur les littératures orales en contexte de migration (domaine arabe-berbère), sur la variation et les usages du conte comme objet-lien (voir entre autres : N. Decourt, N. Louali-Raynal, Contes maghrébins en situation interculturelle, Karthala, 1995) et hyper-lien au temps du numérique (expérimentations en cours).

Récits d'expériences

avec Gérard Jacquet, conteur et animateur radio, Sofyan Ruel, conteur et enseignant, Maurice Tardieu, conteur et Clélia Tavoillot, conteuse

Gérard Jacquet parlera de son expérience à la radio en français et catalan ; Sofyan Ruel évoquera son expérience de conteur franco algérien qui pratique depuis des années le conte au collège en mêlant français et arabe ; Maurice Tardieu parlera de son expérience de conteur traduit "in vivo" pendant une tournée dans les pays de l'Est ; Clélia Tavoillot évoquera les projets conte qu'elle mène avec des publics de migrants.

Gérard Jacquet

 

Chanteur, conteur, auteur, musicien, et animateur radio français d'expression catalane, Gérard Jacquet a édité plusieurs disques et recueils de poèmes.

Sofyan Ruel

Sofyan Ruel est passeur d’histoires et de civilisations. Citoyen du monde, il a toujours été attiré par les rêves, les symboles et les liens entre les cultures. Sa langue est française mais sa culture est multiple : il a grandi en Algérie et est arrivé en France à l’adolescence. Ayant été bercé par l’arabe, il en a gardé l’amour de la langue de l’enfance, une poésie particulière qui lui permet de faire le pont entre ces 2 rives : la langue, c’est le passeur de l’émotion. Il raconte des histoires et aime depuis longtemps aider les écoliers et les collégiens à faire de même. "Les contes sont comme des synthèses, il désarment et nous emportent ; les hommes , les femmes et les enfants s’y abreuvent comme à des sources claires, des fontaines de jouvence"

Maurice Tardieu

Conteur, comédien, musicien poly instrumentiste, bonimenteur, directeur artistique d’un festival de contes et écrivain, Maurice Tardieu est un artiste touche à tout et surdoué qui aime à raconter « à tout le monde, y compris les poissons rouges, les oiseaux dans leur nid, les poteaux télégraphiques et les arbres ».
Il sait aussi faire parler les autres : à partir de récits de vignerons, il a édité des documentaires pour enfants et pour adultes, et a sorti de l’oubli Florian, fabuliste contemporain de La Fontaine. Dans ses spectacles de rue, il incarne des personnages issus d’un quotidien revisité et un rien décalés. Caché dans une machine à conter aux bras chuchoteurs, ou au sommet d’un livre géant, il surprend et interpelle un public enthousiasmé par son univers inventif et poétique. Il anime enfin de nombreux ateliers pour ceux qui veulent s’initier à l’art de conter."

Clélia Tavoillot

Conteuse, Clélia Tavoillot a commencé sa carrière professionnelle par l'enseignement du français aux étrangers (Fle). Dès ses débuts, elle s'intéresse à l'apport du conte dans une situation d'apprentissage interculturelle. Puis le conte a pris le pas sur l'enseignement. Elle se forme alors à l’art du récit au Centre Méditerranéen de Littérature Orale, auprès de Marc Aubaret son directeur et de conteurs formateurs tels que Pascal Quéré, Françoise Diep, Paule Latorre, et Bruno de la Salle. Depuis 2011 et par le biais de la cie L'oiseau lyre, elle propose à tout public des spectacles de contes, seule ou accompagnée du musicien Heykel Bouden. Elle intervient également pour des ateliers conte, notamment auprès d'enfants et d'adultes non autonomes en français.

www.loiseaulyre.org

Et pour illustrer cette journée, (re)vivez la lecture de Contes catalans par Gérard Jacquet ...

Partager