Retour sur la Master class Poésie numérique

Voici 5 ans que LR livre et lecture s'associe à l'Université Paul Valéry et le laboratoire RIRRA21 pour un cycle sur les auteurs en régime numérique.

Cette année, nous proposions le 2 novembre dernier une master class avec la poète Annie Abrahams. La matinée a été consacrée à la présentation de ses créations et de son parcours. Elle nous a expliqué sa démarche et l’évolution de ses réflexions : comment, d'artiste plasticienne qui travaille beaucoup sur l'internet depuis 1996, est-elle devenue auteure ? Elle a abordé l'écriture de son livre From estranger to e-stranger, son utilisation de l'hypertexte, la collection et l'écriture collaborative en ligne, ses performances et ce qu'elle entend par le développement d'un langage de la multitude.

A écouter :

Ensuite l'après-midi a été consacré à la pratiques des participants : une vingtaine d'étudiants et une dizaine d'auteurs. Dans un premier temps, Annie Abrahams a proposé de produire de la poésie avec les réseaux sociaux - Twitter, Googledocs, et/ou Whatsapp. Comment ces outils et réseaux participent à la production et la diffusion de la poésie ? Dans un deuxième temps, en n'utilisant qu'un crayon et du papier mais en s’inspirant du code informatique, elle a fait rédiger aux participants des protocoles pour créer une performance poétique. Ils ont réécrit et ont exécuté à tour de rôle un protocole mouvant appartenant à tous.

Découvrir la méthodologie d'Anne Abrahams et les textes produits par les participants sur le post https://aabrahams.wordpress.com/2016/11/07/ecrire-avec-un-apparatus/

Voir le diaporama photo de la Master class :

Cette performance a été réalisée le soir-même à l'ESBAMA aux côtés d'autres poètes comme Philippe Boisnard, Juliette Mézenc et Stéphane Gantelet, Philippe Bootz et Luc Dell'Armellina.

A écouter :

Puis le lendemain 3 novembre, les poètes sont intervenus à l'Université dans le cadre d'une journée professionnelle. Lire le programme de cette journée

Robin Batet, étudiant en Licence 3 Lettres modernes, parcours métiers de l'écrit et de la culture, à l'Université Paul Valéry Montpellier 3, a rédigé un compte-rendu :

Dans le cadre du cycle « L’Auteur en régime numérique », initié par Florence Thérond du RIRRA21, cette journée, organisée par l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 (plus particulièrement par Claire Chatelet et Gwendolyn Kergourlay) en partenariat avec LR livre et lecture, s’inscrit comme étant la 4ème rencontre du projet, après s’être intéressé notamment à la Twitterature, et l’hybridation des formes et des supports les années précédentes. Cette fois, elle sera consacrée à la Poésie Numérique.

Cette journée fut précédée, la veille, d’une Master-Class menée par Annie Abrahams sur l’écriture numérique, et d’une programmation de performances artistiques à l’ESBAMA (où bon nombre des futurs intervenants ont présentés leurs travaux), de quoi mettre les participants « dans le bain ».

Le 3 novembre 2016, au site Saint-Charles de l’université, se retrouvent donc les 8 intervenants : Annie Abrahams, Philippe Boisnard, Philippe Bootz, Roderick Coover, Luc Dall’Armellina, Stéphane Gantelet, Gwendolyn Kergourlay et Juliette Mézenc.

C’est Philippe Boisnard qui démarre le bal, en présentant le quatrième manifeste de PAN (poésie action numérique). L’extinction de l’humanité (quel autre sujet pour commencer la journée) est au cœur de sa présentation, avec notamment les questions poétiques qu’elles posent. Peut-il y avoir une poésie post-historique (post-humanité donc) ? Qui en serait l’auteur ? Quelle forme pourrait-elle prendre ? Quelle place pour la fiction concrète dans cette poésie ? Des thèmes abordés à la lumière de travaux divers, allant de manifestes poético-futurologiques (des kinoks) aux performances artistiques de Philippe Boisnard lui-même (shape_of_memory par exemple).

Juliette Mézenc prend le relais, avec l’aide de Stéphane Gantelet, en abordant tous deux le rapport de l’auteure et son écriture au numérique. Juliette écrit et Stéphane programme. Ils nous présentent alors leur projet de « jeux vidéo littéraire », Le journal du brise-lame, où la poésie côtoie les niveaux et autres barres de vie, et comment ils arrivent tous deux à s’inspirer du travail de l’autre pour unir ces deux mondes.

Vient la Table Ronde pour conclure cette matinée, et le débat prend place. Il en ressort un véritable rejet des poètes numériques en ce qui concerne un quelconque cloisonnement sémantique de cette pratique. C’est l’association des praticiens qui crée la communauté, en se revendiquant comme tels, et en produisant de la poésie numérique, ils accèdent à ce statut, qu’il soit reconnu, défini, populaire, ou non.

En soit, remarque Luc Dall’Armellina, quel besoin a-t-on de toute façon de parler de poésie numérique quand on a jamais parlé de poésie analogique avant ? L’hypothèse d’un « moment numérique de l’art » ne serait-elle pas plus adaptée ?

D’où peut venir la légitimité de ce « mouvement » alors ? Peut-être de la place qu’il prend à l’université via les praticiens en poste ? Via les conférences, les revues, les festivals associés, etc. ? Ce n’est pas tant la visibilité qui compte, conclut-on, mais bien l’existence du mouvement.

Philippe Bootz prend le relais après la pause déjeuner, pour nous parler de Déconstruction et contrôle dans ses performances Elpénor et Joue de la musique pour mon poème (présentées justement la veille). Il est ici question de communication entre deux machines investies d’un rôle humain (une poète et une musicienne), et d’un générateur de textes qui réagit aux ondes qu’on lui communique. La poésie est « programmée » tout en naissant d’une « initiative » de la machine, sans avoir besoin de l’homme une fois lancée.

Luc Dall’Armellina s’intéresse de son côté à sa représentation d’une poésie numérique, à travers quatre préceptes : l’écrire, le voir, le lire, le dire. Il nous présente ainsi ses travaux, notamment en graphisme, et sur un « gimmick » d’écriture informatisé (in_tensions), présenté en simulateur d’affichage électronique.

Après la projection d’extraits de son œuvre Trois rails sous tension, Roderick Coover, quant à lui, s’exprime sur son expérience en poésie combinatoire pour créer ces vidéos associant une narrativité à une morale finale aléatoire. Il nous parle aussi de son engagement pour donner une voix aux conséquences des catastrophes naturelles et climatiques dans son œuvre, et évoque la capacité de certains médiums à communiquer d’une façon exclusive sur certaines émotions.

Gwendolyn Kergourlay se charge de mettre un point final à cette journée d’étude en s’appliquant à définir le terme de poésie numérique et en s’appuyant sur une méthodologie et un axe d’analyse académique. Il en ressort une réelle complexité du terme à nature et prétention oxymorique, qui réunit un nombre de pratiques aussi nombreuses que différentes.

Voir le diaporama photo des performances et de la journée professionnelle :

Partenaires
Cette Master class est organisée par le laboratoire RIRRA21 de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 (dans le cadre de la journée d’étude sur la poésie numérique le 3 novembre) et Languedoc-Roussillon livre et lecture (dans le cadre du Parcours numérique#).
LR livre et lecture bénéficie du soutien de la DRAC et de la Région Occitanie, du Feder en Languedoc-Roussillon et du Conseil départemental de l’Aude. Le Parcours numérique# 2016 est soutenu plus particulièrement par le Feder en Languedoc-Roussillon, la Sofia Actions culturelles, la copie privée numérique et le CFC (Centre français d’exploitation du droit de copie).

     

 
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