Master class avec Samuel Bianchini

Le laboratoire RIRRA21 de l'Université Paul-Valéry Montpellier 3, HTH-CDN de Montpellier et LR livre et lecture proposent cette année, dans le cadre du cycle des écritures à l'ère du numérique, un événement autour des écritures théâtrales.

Contexte

Le laboratoire RIRRA21 de l’Université Paul-Valéry-Montpellier III et Languedoc- Roussillon livre et lecture s’associent depuis 2013 pour explorer les liens entre la littérature et les nouvelles technologies. Dans le cadre du programme "La littérature à l'heure du numérique" animé par Florence Thérond, une journée d’étude a lieu chaque automne consacrée aux effets du numérique sur le texte et la création littéraire (2013 : "Tierslivre.net : François Bon à l'œuvre", 2014 : "S'écrire par-delà le papier : l'œuvre autofictionnelle de Chloé Delaume", 2015 : "Les formes brèves dans la littérature Web", 2016 : "La poésie numérique").

Cette année Languedoc-Roussillon livre et lecture a organisé à Cahors en mars la journée professionnelle "Les mutations des écritures théâtrales". Celle-ci proposait d'évoquer l'évolution des créations dramatiques en lien avec l'évolution des métiers actuels. Les interventions peuvent être écoutées ici

Nous proposons cette année de questionner le numérique comme outil de création artistique au théâtre à travers une master class le 12 octobre et une journée d'études le 13 octobre.

La master class le jeudi 12 octobre

Une master class en lien avec la création numérique sera proposée aux 19 étudiants du Master 2 professionnel métiers du livre et de l’édition de l'université Montpellier III et à une dizaine d’auteurs de la région Occitanie.

Animée par Samuel Bianchini, cette master class propose d'une part de présenter sa démarche d'artiste et de proposer une mise en pratique des "nouvelles écritures théâtrales".

Samuel Bianchini
Samuel Bianchini est artiste et enseignant-chercheur à l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD), PSL Research University, Paris. Il vit et travaille à Paris.
Ses réalisations mettent en œuvre des opérations physiques et symboliques, en contexte, en public et en temps réel, nous incitant à contempler, à réfléchir autant qu'à agir. Soutenant le principe d'une “esthétique opérationnelle”, Samuel Bianchini interroge les rapports entre nos dispositifs technologiques les plus prospectifs, nos modes de représentation, nos nouvelles formes d'expériences esthétiques et nos organisations sociopolitiques. Pour cela, il collabore avec de nombreux scientifiques et laboratoires de recherche en sciences de la nature et en ingénierie.
Ses œuvres sont régulièrement exposées en Europe et à travers le monde : Nuit Blanche Toronto 2016, Waterfall Gallery (New York), Medialab Prado (Madrid), Palais de Tokyo (Paris), Kunsthaus PasquArt (Bienne), Art Basel, Institut français de Tokyo, Stuk Art Center (Leuven), Fiac, Centre Georges Pompidou (Paris), Deutsches Hygiene-Museum (Dresde), Musée national d’art contemporain d’Athènes, Jeu de Paume (Paris), Laboratoria (Moscou), Biennale de Théssalonique, Centre pour l’Image Contemporaine (Genève), space_imA and Duck-Won Gallery (Seoul), Museum of Contemporary Art Ateneo de Yucatán (Mexico), ZKM (Karlsruhe), Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, etc.
Après avoir soutenu sa thèse au Palais de Tokyo avec une exposition personnelle, et, plus récemment, son Habilitation à diriger des recherches, Samuel Bianchini dirige maintenant le groupe de recherche Reflective Interaction à EnsadLab, le laboratoire de l'EnsAD.
En relation étroite avec ses recherches et sa pratique artistique, il a entrepris un travail théorique qui donne lieu à de fréquentes publications : Éditions du Centre Pompidou, MIT Press, Analogues, Media-N - Journal of the New Media Caucus, Hermes, Les presses du réel, Springer, etc.
Il vient de publier, avec Mari Linnamn, À Distances, Œuvrer dans les espaces publics, Dijon, Éd. Les presses du réel, Coll. “Société des Nouveaux commanditaires”, juin 2017: http://www.lespressesdureel.com
En co-direction avec Emanuele Quinz, le livre Behavioral Objects 1 - A Case Study : Céleste Boursier Mougenot, Sternberg Press, 2016 : http://www.sternberg-press.com
Et en co-direction avec Erik Verhagen, l'ouvrage Practicable - From Participation to Interaction in Contemporary Art, MIT Press, 2016 : https://mitpress.mit.edu
Samuel Bianchini collabore, pour ses éditions d'art, avec mfc-michèle didier (Paris) et travaille avec Artjaws

Liens
Site d'EnsadLab : www.ensadlab.fr
Site du Groupe de recherche Reflective Interaction : http://diip.ensadlab.fr
Site web de Samuel Bianchini : www.dispotheque.org

Informations
Master class Les nouvelles écritures théâtrales
Jeudi 12 octobre - de 10h à 17h
HTH / Salle de répétition / Montpellier

Gratuit sur inscription en ligne avant le 6 octobre
Le déjeuner est offert par l'université.
La soirée d'ouverture du festival Meq démarre à 18h. Tarif préférentiel pour les participants de la master class à 10€ sur inscription préalable. Merci de le préciser sur le formulaire d'inscription.
Les auteurs inscrits pourront rencontrer en amont Samuel Bianchini le mardi 19 septembre de 10h à 11h en visioconférence à l'Université Paul Valéry Montpellier 3, bâtiment H (théâtre dela Vignette), salle H329, Route de Mende, 34090 Montpellier. 

La journée d'études le vendredi 13 octobre

La journée d’étude rassemblera universitaires et praticiens, elle aura pour objectif d’analyser comment la technologie numérique a induit au théâtre des dispositifs d’écriture nouveaux et permis de réinterroger l’essence de celui-ci.

Dans les années 90, le théoricien du théâtre contemporain Hans-Thies Lehmann définissait le théâtre « postdramatique » (par analogie avec l’esthétique du postmodernisme) comme un théâtre fragmentaire, remettant en cause le primat du texte, de la fiction et de la narration linéaire, mêlant des styles disparates et transgressant les genres. Bruno Tackels, en 2001, fit un état des lieux des « écritures de plateau » s’intéressant à ceux qui inventent aujourd’hui de nouvelles relations à l’écriture et s’attachent à créer un geste, un acte scénique total, à partir d’une partition articulée autour d’improvisations, de matériaux sonores, d’images… Dans cette optique, la question de savoir si le théâtre (seul espace narratif où toutes les combinaisons de médiums sont possibles) est fidèle au texte considéré comme parole sacrée, fixée (en amont ou en aval) dans un livre imprimé, n’est plus de mise. Le texte est un élément parmi d’autres, dans une totalité et dans un complexe gestuel, musical, visuel qu’Artaud n’aurait pas renié.

Cette mutation de la création théâtrale correspond aussi au développement massif des nouvelles technologies depuis une trentaine d’années. Même si le monde du théâtre a commencé par entretenir une certaine méfiance et réticence vis-à-vis du numérique (peut-être parce que l’humain qui sous-tend l’acte théâtral semble entrer en opposition avec le virtuel des images et la dématérialisation), depuis quelques années il s’approprie largement les outils digitaux, et en lien toujours plus étroit avec la construction du sens. Ceux-ci permettent d’inventer des univers scéniques, d’ouvrir le plateau à de nouveaux espaces invisibles sur scène, d’explorer des complexités dramaturgiques jusqu’alors inabordées. Ils permettent aussi de rendre compte du réel de nos sociétés d’hypermédias, d’en interroger les problématiques, d’examiner, dans une perspective souvent critique, la façon dont les médias structurent notre imaginaire et nos comportements intimes.

Le théâtre se convertit à l’écriture hypermédia, s’appropriant les notions propres au numérique comme l’interactivité, l’hypertextualité. À condition que l’utilisation des nouvelles technologies soit dramatiquement fondée, les perspectives d’invention sont multiples : formes scéniques convoquant des images de synthèse, des images en 3D, superposition d’images numériques interactives sur l’action réelle du plateau, formes scéniques « augmentées » avec superposition d’un espace virtuel à un espace réel, formes scéniques convoquant des personnages virtuels, mise en réseau de différents espaces de représentation, formes de narration aléatoires, dramaturgies impliquant une participation active du spectateur, jeux de l’acteur en temps réel avec sa propre voix ou ses mouvements... Certains auteurs intègrent les outils techniques dans l’action même de leurs pièces : smartphones, consoles de jeux deviennent des objets théâtraux. Selon Franck Bauchard, « l’affirmation d’un théâtre politique passe désormais par l’utilisation critique des nouvelles technologies ». Celles-ci permettent au public de décoder les processus au cœur du réel en cours de technologisation et d’hypermédiatisation : l’éclatement et la multiplication des messages qui a pour corollaire la fragmentation des identités, la perte du sentiment d’existence du moi, la solitude dans le cyberespace, générée par l’internet, les réseaux sociaux et les mondes virtuels.

Cette immersion quasi permanente de l’individu hypermoderne dans un environnement numérique et médiatique a nécessairement transformé sa manière de percevoir le réel, de communiquer, de lire et d’écrire. De nouvelles formes de textualités s’inventent hors du livre, sur de nouveaux supports (réseaux sociaux, blogs…), pour des lecteurs et des spectateurs d’un type nouveau qui sont de plus en plus fréquemment des internautes et des gamers. Le théâtre modèle ses formes d’écriture sur Internet, les jeux vidéo, la réalité virtuelle. Les expérimentations passionnantes, les « Sondes », menées sous la houlette de Franck Bauchard à La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon de 2007 à 2011, ont mis en perspective les écritures du spectacle avec la question de ces mutations de l’écrit et de la lecture et permis d’explorer de nouvelles manières de faire jouer la question du texte au théâtre : morceaux de texte dont l’auteur explore les différentes combinaisons possibles, écriture par plusieurs auteurs d’un texte sur un forum internet, texte augmenté par les consignes des internautes aux acteurs, mise en jeu d’échanges ayant lieu sur Twitter ou sur Facebook, texte indissociable d’un dispositif technologique précis, souvent inimprimable. Franck Bauchard souligne à plusieurs reprises le changement de nature de l’écrit, plus « fluide », « évanescent », « dynamique », reprenant les caractéristiques de l’oralité, texte affiché, projeté, circulant d’un support à un autre. Aujourd’hui l’auteur de théâtre peut écrire pour un acteur, mais aussi pour une voix off, pour un écran, pour différents dispositifs technologiques. Nous interrogerons donc ces nouvelles formes de textualité mobilisant les propriétés du medium numérique, indépendantes de la pratique liée au livre, et qui ouvrent à des formes de composition théâtrales nouvelles.

Intervenants pressentis : Franck Bauchard, Eli Commins, Lydie Parisse, Arnaud Maïsetti, Samuel Bianchini, Jocelyn Danan, collectif Invivo.

Journée d'études "Les écritures théâtrales à l'heure du numérique"
Vendredi 13 octobre - de 9h à 17h
HTH / Salle du Château de Grammont / Montpellier

Gratuite, ouverte à tous.
Sur inscription auprès de Florence Thérond : therond.florence@wanadoo.fr

Le festival Meq à HTH

L’événement aura lieu dans le cadre du deuxième festival Mèq organisé par le CDN de Montpellier (hTh) du 12 au 14 octobre 2017. Le festival Mèq est un festival international d’art numérique performatif organisé dans le cadre du réseau ENCAC (réseau européen pour la création audiovisuelle contemporaine) qui regroupe plusieurs lieux de recherche et de création très à la pointe de ce qui se fait aujourd’hui dans le domaine des arts numériques (LABoral en Espagne, Le lieu unique à Nantes, DISK à Berlin ou encore Ars Electronica en Autriche,…).

Informations pratiques

Les deux journées ont lieu à HTH-CDN de Montpellier.
Adresse : Domaine de Grammont à Montpellier.
Transport : Tram 1 jusqu'à l'arrêt Place de France puis Bus n°9 direction Grammont jusqu'au terminus.
Retour le soir possible avec la nevette de HTH jusqu'à minuit jusqu'à l'arrêt de tram Place de l'Europe.

Renseignements
Languedoc-Roussillon livre et lecture
Céline Guelton-Thomasset, chargée de mission auteurs, vie littéraire et médiation
celine.thomasset@lr2l.fr
Tel. 04 67 17 94 73 / 06 84 92 67 21

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