Jeanne Galzy et les autrices aujourd'hui

Il y a 40 ans mourait Jeanne Galzy à 94 ans. Et il y a 94 ans, elle décrochait le Prix Femina pour son roman Les Allongés, publié en 1923 aux éditions Ferenczi & fils et réédité par Gallimard.

Le programme

Pour cet anniversaire, plusieurs rendez-vous à Montpellier vous permettront de (re)découvrir cette autrice prolixe et discrète du siècle dernier :

Jeudi 11 mai - 18h30 / A la Médiathèque Emile Zola
Lecture de textes de Jeanne Galzy, avec Marie-Noël Arras et Janine Teisson (éditions Chèvre feuille étoilée) pour le roman et Gisèle Pierra (Université Paul Valéry pour les poèmes). Présentation de Jeanne Galzy par Michèle Verdelhan.

Vendredi 12 mai - 17h / Au Gazette Café
Rencontre autour de Jeanne Galzy et Albertine Sarrazin, femmes de lettres et de liberté avec Maguelone Nouvel-Kirschléger et Michèle Verdelhan.

Samedi 20 mai - 15h30 / Comédie du Livre, Espace Rencontres Corum (attention horaire modifié)
Figures d’écrivaines, sur les traces de Jeanne Galzy
Table ronde animée par Michèle Verdelhan avec Behja Traversac des éditions Chèvre feuille étoilée, les autrices Frédérique Martin et Joëlle Wintrebert. Lecture d'extraits de leurs ouvrages Frédérique Martin et Joëlle Wintrebert. Présentation de la Charte Madeleine h/f, pour l'égalité femmes hommes dans le secteur culturel en Occitanie par Yvan Godard, directeur de Réseau en scène Languedoc-Roussillon. Table ronde organisée par Languedoc-Roussillon livre et lecture, avec le soutien du FSE.

Samedi 20 mai - 17h15 / Comédie du Livre (attention horaire modifié)
Promenade littéraire dans le Montpellier de Jeanne Galzy. Rendez-vous à l'Office du tourisme.

Jeanne Galzy, romancière d'ici tombée dans l'oubli

Article publié le par Jérôme Carrière.

Il y a 90 ans (en 2003), Jeanne Galzy décrochait le prix Fémina. Qui est donc cette Montpelliéraine, née Louise Jeanne Baraduc et issue d'une famille protestante aisée, qui demeurait dans la splendide Villa Beauséjour, rue Guillaume de Nogaret, entre Arceaux et Figuerolles, hier en pleine campagne, aujourd'hui en bordure de voie rapide ? Une impasse dans le secteur des Bouisses, un bâtiment de l'université Montpellier III et surtout un club de loisirs du 3e âge au coeur de la cité Astruc perpétuent le nom de cette romancière qui a publié pendant près de 70 ans mais a sombré dans un oubli complet et injuste. Tout comme Frédéric Bazille, elle repose au cimetière protestant de Montpellier.

Fille d'un mercier installé dans la Grand-Rue, Jeanne Galzy bouscule son époque à plus d'un titre. Elle est une des premières à oser faire ce que les filles ne faisaient alors pas. A commencer par des études supérieures. Sévrienne, elle quitte l'école normale supérieure avec une agrégation de lettres classiques. Elle se tourne naturellement vers l'enseignement. A Montpellier, à l'heure où le premier conflit mondial occupe hélas bien des hommes, elle est la toute première, pour compenser les effectifs mobilisés, à enseigner au lycée de garçons de la ville. Frappée par une tuberculose osseuse, elle est néanmoins contrainte de stopper ses activités et se retrouve déplacée à Berck pour un long séjour de soins. Jamais la maladie ne l'empêchera d'écrire. "Les Allongés" qui reçoit donc le prix Femina en 1923 (deux ans avant le chef d'oeuvre d'un autre languedocien et d'une autre Jeanne, la "Jeanne d'Arc" de Joseph Delteil) raconte largement cette période de souffrance vécue dans un corset prenant presque entièrement son corps.

Son état de santé ne lui permettant pas de poursuivre dans la voie de l'enseignement, Jeanne Galzy se consacre alors pleinement à l'écriture. Une oeuvre foisonnante où elle évoque tant sa ville de toujours (La Grand Rue), sa vocation d'enseignante (La femme chez les garçons), des biographies soignées (Catherine de Médicis, Agrippa d'Aubigné, Diane de Ganges ou George Sand) et une fresque romanesque en quatre tomes (La surprise de vivre) qu'elle commence à rédiger à plus de 80 ans !

Mais Jeanne Galzy est également considérée comme une des toutes premières à avoir écrit au sujet de l'amour lesbien en des temps où tout cela était parfaitement tabou. En 2013 où Montpellier a enregistré en mairie le tout premier mariage homosexuel en France enfin autorisé par la loi, il est bon de rappeler que, dès 1929, une écrivaine montpelliéraine a couché sur le papier les tourments d'amours non autorisées. L'initiatrice aux mains vides, publié aux éditions Rieder, raconte l'histoire vécue entre une enseignante, Marie Pascal, et une de ses élèves, Annette Rieu. Cet ouvrage n'évoque jamais le sexe ni même franchement l'amour lesbien mais le trouble est permanent tout comme l'attirance pour une autre. Sorti de son contexte, il paraitra un rien désuet au lecteur moderne tant il aura le sentiment que l'auteur livre aussi un recueil d'amour maternel en souffrance. La postérité, et c'est heureux, a surtout retenu le trouble des sentiments. Celui qui n'était pas bon à dire et encore moins à écrire.

Jeanne Galzy devint membre du jury du Prix Femina en 1964, et le resta jusqu'en 1977. Elle est inhumée au cimetière protestant de Montpellier le 7 Mai 1977, à l'âge de 94 ans.

Crédits photos : Sophie Bossouls.

Bibliographie de Jeanne Galzy

  • L'Ensevelie, Mercure de France, 1911.
  • Les Allongés, Payot, 1919 ; réédition F. Rieder et cie, 1924 ; rééd. Gallimard, 1975.
  • La Femme chez les garçons, F. Rieder et cie, 1924.
  • La Grand Rue, Rieder et cie, 1925.
  • Le Retour dans la vie, F. Rieder et cie, 1926.
  • Sainte Thérèse d'Avila, 1927.
  • Les Démons de la solitude, 1931.
  • L'Initiatrice aux mains vides, Ed. Rieder, 1929.
  • Jeunes filles en serre chaude, Gallimard, 1934.
  • Le Village rêve, NRF, 1935.
  • Catherine de Médicis, NRF « Leurs figures », 1936.
  • Les Démons de la solitude, Rieder, 1936.
  • Margot, reine sans royaume, NRF « Leurs figures », 1939.
  • Les Oiseaux des îles, NRF, 1941.
  • Pays perdu, NRF, 1943.
  • Diane de Ganges, 1943.
  • La cage de fer, NRF, 1946.
  • George Sand, Julliard, 1950.
  • La Femme étrangère, 1950.
  • L'image, Gallimard, 1952.
  • La Jeunesse déchirée, 1952.
  • Le Parfum de l'Œillet, Gallimard, 1956.
  • Celle qui vint d'ailleurs, 1958.
  • La Fille, 1961
  • La Surprise de vivre
    • La Surprise de vivre, Gallimard NRF, 1969 ; Double Interligne, 1997.
    • Les Sources vives : la surprise de vivre II, NRF, 1971.
    • La Cavalière : la surprise de vivre III, NRF, 1974 ; Double Interligne, 2000.
    • Le Rossignol aveugle : la surprise de vivre IV, NRF, 1976.
       

Les éditions Chèvre feuille étoilée rééditent La Cavalière ce 8 mai 2017.

A savoir : Raymond Huard a publié la biographie de l'autrice en 2009 : Jeanne Galzy, romancière ou la surprise de vivre, aux éditions Inclinaison. L'ouvrage, aujourd'hui épuisé, est disponible dans le Centre de documentation de LR livre et lecture.

 
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